[Traduit de l’anglais]
À mille kilomètres des enfers qui dévoraient les forêts boréales du nord de l’Ontario, Erin O’Connor a regardé le ciel au-dessus de la plus grande ville du Canada prendre une teinte orange « presque post-apocalyptique » alors qu’il se remplissait de particules de suie et de cendres diffusant la lumière. En sortant des couloirs de l’Hôpital général de Toronto, où des filtres à air protégeaient les patient·e·s du pire des fumées, elle a été frappée par une odeur si forte qu’elle avait l’impression de se tenir près d’un feu de camp.
« Ça vous sautait vraiment au visage dès que vous mettiez le nez dehors », a déclaré Mme O’Connor, qui dirige le service des urgences du University Health Network et a constaté une augmentation du nombre de patient·e·s souffrant d’allergies et d’essoufflement. « Au fil des jours, c’était comme ça partout. On aurait même dit qu’à l’intérieur, on pouvait sentir cette odeur de brûlé ».
Bien plus que les flammes qui ont ravagé le sud de l’Europe et l’Amérique du Nord ces dernières semaines, c’est la fumée qui est à l’origine du bilan effarant causé par ces incendies de forêt. Chargées de gaz toxiques qui irritent les voies respiratoires et de minuscules particules qui pénètrent dans les poumons avant d’être transportées par la circulation sanguine pour atteindre tous les organes du corps, les fumées issues des feux de forêt tuent 1,5 million de personnes chaque année, selon une étude publiée dans The Lancet en 2024 – soit plus que les inondations, les incendies, les tempêtes et la canicule réunis.
Les effets néfastes de la matière végétale carbonisée sur les poumons, qui laissent des cicatrices, sont si graves que des personnes situées loin des incendies peuvent encore en mourir. Les panaches émis par les feux de forêt au Canada en 2023 ont causé 82 000 décès prématurés, selon une étude publiée l’année dernière dans Nature; des vents défavorables ont poussé un tiers de ces décès vers les États-Unis et un autre quart vers l’Europe. Environ 10 % de la pollution par les particules fines (PM2,5) au Royaume-Uni provient de la combustion de biomasse à l’étranger, ont constaté des chercheur·euses en mars.
